mercredi 2 septembre 2015

Les préparatifs

"Ladies and gentlemen, we are currently going though an area of turbulence. Please..."
Je remonte le masque sur mes yeux tandis que l'annonce nous demande de nous attacher et que l'avion est secoué. Sans réfléchir à ma propre ceinture je me tourne vers ma voisine de droite qui - comme ses frères - n'a pas bougé un cil. Comme je la rattache elle s'agite et je lui murmure "Nolwenn, il faut mettre sa ceinture" mais elle resombre aussitôt. 

Je me retourne et vois mon mari Jean-Philippe faire comme moi avec Gabriel de l'autre côté de l'allée. Mon voisin de gauche dort recroquevillé sur son siège, entouré d'un fourbis caractéristique : DS, sacoche, peluche, gilet... Il ne bronche pas pendant que je vire tout, William a le sommeil aussi profond que les deux autres.

Comme je tente de trouver les deux côtés de sa ceinture, Jean-Philippe me vient en aide en attrapant l'autre bout. 

Enfin, nous pouvons penser à nous. Une fois nos ceintures bouclées nous avons le même réflexe de consulter notre écran pour connaître notre position. Nous sommes au-dessus du Sri Lanka, il reste 8h30 de vol avant Brisbane. Mon scientifique de mari m'explique : "on est sur l'Equateur, c'est courant des perturbations à cet endroit". J'ai une pensée pour les amies qui flippent en avion et ne seraient pas déçues du voyage à cet instant ! 

Après quelques minutes j'abandonne l'idée de me rendormir. Les secousses m'en empêchent et j'ai mal aux jambes et au dos. À quelle heure ai-je pris mon dernier anti-douleur déjà ? Je consulte les fuseaux et je suis perdue. Je sors ma montre, toujours à l'heure de Paris qui m'indique une heure moins dix. Du matin ? Du soir ? Non il est 23h50 à Londres d'après l'écran tactile devant moi, donc 00h50 à Paris. À force on ne sait plus où on en est.

Une fois de plus, je me dis qu'on est un peu fous et je ne réalise pas trop ce que nous sommes en train de faire : en moins de deux mois nous avons tout plaqué pour partir vivre au bout du monde avec nos trois enfants. 


Cela fait déjà au moins deux ans que je tanne Jean-Philippe pour que l'on parte en expatriation, mais jusqu'à il y a un an, il n'était pas prêt. Je pense que ce qui l'a fait changer d'avis est notre voyage en Toscane. En effet, souffre de douleurs chroniques à cause d'une fibromyalgie et le froid me provoque des crises ; lors de ce voyage il a vu qu'un climat plus chaud avait un effet non négligeable sur mon état de santé.

Bref, en septembre 2014 il me dit être d'accord pour postuler dans les lycées français méditerranéens. Finalement lorsque la liste des postes de professeurs résidents est publiée, il envoie des candidatures dans le monde entier : Espagne, Italie, Maroc, Vietnam, Thaïlande, Laos, Cambodge, Singapour, Taïwan, Chili, Costa Rica, Nicaragua, Australie, Indonésie, Etats-Unis... Nos critères ? Un climat chaud, un pays sûr et où l'instruction en famille est légale.

Pendant plusieurs mois nous n'avons pas su sur quel pied danser. Un coup il obtient un entretien sur Skype, un autre on ne lui répond même pas, il se retrouve classé premier au Vietnam mais le poste ne se libère pas, il loupe le Cambodge de peu.

Et puis fin mai je vois que le lycée français du Vanuatu cherche un professeur de sciences physiques pour août. On en discute, on avait écarté cette destination au départ notamment parce qu'il est très compliqué et coûteux de venir avec des animaux, or nous avons plusieurs chiens et chats. De plus, JP ne voulait pas d'une île. Et puis finalement, il tente, nous avons vraiment envie de partir.
Mi-juin la commission donne son classement : deuxième. Déception et puis nous passons à autre chose et planifions nos vacances en Italie. Trois jours plus tard énorme surprise : la première a décliné l'offre !

Nous avons du mal à réaliser et l'académie de Créteil peut encore refuser le détachement de JP auprès de l'AEFE (agence pour l'enseignement français à l'étranger). Situation inconfortable où nos délais sont très courts, mais où nous n'avons pas de certitudes complètes de partir, nous décidons d'agir comme si nous partions. Début juillet l'académie donne son feu vert, nous sommes soulagés !
Deux mois pour tout faire : vider et rafraîchir la maison pour la louer, les démarches administratives, se préparer médicalement, trouver un bateau pour nos affaires, acheter nos billets d'avion, faire les valises, dire au revoir à tout le monde. Les enfants sont à la fois contents de partir et tristes de quitter leurs amis, surtout Nolwenn.

Le 10 août nous décollons enfin et déjà pour l'autre bout du monde.




5 commentaires:

  1. Merci pour ce récit ! Même si j'en connaissais les diverses étapes, j'ai tout revécu avec toi : ton histoire, mais également notre propre voyage à l'autre bout du monde (et les turbulences), frissons de lire ce départ précipité, nous sommes avec vous...

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  2. merci de partager avec nous vos péripéties! c'est super! :)

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  3. Tu me fais rêver. Disons que nous avons vécu les mêmes choses, que nous étions fin prêts à partir et qu'au final nous n'avons jamais eu les visas.
    Bref, nous retenterons notre chance plus tard, mais le Vanuatu, quel dépaysement cela doit être !

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  4. Ah wouh ! C'est chic quand même un mari prof (lol ;-) ) ça facilite ce genre d'installation . Et bien bonne chance pour la disparitions de tes sales douleurs , et puis que vous tombiez amoureux de cette petite île , et vous y sentiez bien , ça a l'air si différent que je sens que ça peut te plaire ! :-D

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  5. Merci à tous !

    Pour l'instant le bilan est très positif : après 3 ans de médicaments, je ne prends plus rien ! J'ai aussi perdu facilement 1 taille de pantalon sans rien faire de particulier.

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